"Au Vanuatu, rien ne dure. Mais personne ne s'en soucie. "Ici, le temps n'a aucune valeur. On ne se projette pas dans le futur, on n'y construit rien ..." D'un coup, Marcellin Abong se met à genoux sur le carrelage, puis pose le doigt sur un grand plateau de bois garni d'une fine couche de sable. Il ferme les yeux et, dans un crissement de patin sur la glace, attque une première courbe, tire des diagonales, boucle des arabesques avec une impeccable constance. A aucun moment, son doigt ne quitte le sable, à aucun instant il ne repasse sur le tracé initial. Une fois le dessin achevé, parfaitement symétrique, Marcellin revient à son point de départ. "Parce qu'on revient toujours à son origine, explique-t-il, à sa naissance, au début de l'histoire, aussi lointain soit-il ..." [...] L'oeuvre n'a de valeur que dans l'instant où elle est créée ; ici, les gens vivent dans le présent." Au Vanuatu, rien ne dure. L'homme pratique l'art de l'éphémère, car la nature elle-même impose la loi de l'éphémère."